
Les Mille et Une Nuits
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Taille de l'image:52 × 41 cm
À première vue — un énorme éléphant, cheminant à travers un champ doré. Mais plus on regarde, plus cela devient clair : il n'a pas un seul morceau de chair propre. Tout son corps est tissé de vivant — lions, tigres, renards, loups, cerfs et lièvres, un singe, des corps écailleux, des oiseaux aquatiques et des rapaces se sont entrelacés en une seule silhouette. La trompe est devenue une bête allongée s'achevant en un museau ; les pattes-piliers reposent sur des oiseaux. Et dans cette masse dense sont tissés des visages humains en turban — tandis qu'au cœur même de la figure deux visages juvéniles se sont penchés l'un vers l'autre. Ainsi l'artiste a raconté deux choses à la fois en une seule image. La première — le recueil de contes lui-même : chaque créature est ici une histoire distincte, un destin, une voix, et toutes, entrelaçant leurs corps, forment un corps unique de la narration — mille et une nuits soudées en un seul être vivant. La seconde, plus profonde : nous avons devant nous une parabole de l'unité de l'être. Le monde paraît une ménagerie éparse, où le prédateur et la proie, l'homme et l'oiseau sont séparés — mais en réalité tout ce qui existe est un organisme indivisible, traversé par une unique Présence. L'éléphant, c'est l'Univers même, assemblé de myriades de vies ; la multitude qui du dehors ressemble à l'hostilité et à la différence se révèle du dedans être le Tout. En haut, ce corps est gouverné par une péri ailée, coiffée d'une couronne à plume. Elle n'est pas une partie de la bête — elle est au-dessus d'elle, maîtresse du royaume des histoires, esprit qui tient l'épars dans l'unité. La main tendue avec un rameau fleuri est le geste de celle qui guide et qui gratifie. Autour, hors de la silhouette, des lièvres libres se dispersent, et dans le ciel des oiseaux tournoient : la vie se poursuit même au-delà du corps assemblé. Cette œuvre a demandé six mois. À propos de l'œuvre L'œuvre appartient à un genre particulier de la miniature orientale — la figure composite, où une grande silhouette est entièrement assemblée à partir de bêtes, d'oiseaux et de visages humains entrelacés. De telles compositions, connues dans la tradition persane et moghole et reprises par les maîtres du Maverannahr, portaient toujours un double fond : derrière le casse-tête décoratif se cachait une allégorie philosophique. Ici elle se tourne vers l'idée soufie de l'unité de l'être — wahdat al-wujûd — selon laquelle toute la diversité du monde est la manifestation d'une seule Réalité. La référence aux Mille et Une Nuits relie cette métaphysique à l'image d'un tissage infini d'histoires, où chaque vie est un récit distinct au sein d'une même toile. La finesse de l'exécution, grâce à laquelle des dizaines de créatures se lisent chacune séparément et toutes ensemble, répond à la haute maîtrise de l'école de cour. Caractéristiques Support : Papier de soie de Boukhara fait main (90 % soie, 10 % coton) Technique : Tempera, aquarelle, pigments naturels végétaux et minéraux, feuille d'or (23 carats) Pièce unique

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